
Au sommet de l’Otan à Ankara ce 8 juillet, Donald Trump a indiqué qu’il allait autoriser Kiev à produire en Ukraine des missiles Patriot. Ces missiles sont indispensables pour intercepter les missiles balistiques russes qui frappent les villes ukrainiennes, mais jusqu’à présent, Donald Trump était opposé à aider si directement l’Ukraine. C’est donc un revirement stratégique.
Une annonce « plutôt cool », selon les mots de Donald Trump. « Ces missiles, faites-les vous-mêmes », a encore lancé le président américain à son homologue ukrainien en marge du sommet de l’Otan. S’il n’a précisé ni sous quelles conditions ni à quelle échéance cette production locale de missiles se fera, c’est la première fois que Donald Trump tend aussi ouvertement la main à l’Ukraine.
Car outre les missiles de défense sol-air, il a également proposé de produire en Europe des missiles tactiques, souligne Xavier Tytelman, expert aéronautique : « Cela concerne les ATACMS, qui sont des missiles à 300 kilomètres de portée que les Ukrainiens ont reçus à plusieurs centaines d’exemplaires et que les Russes n’arrivent pas à intercepter. Et surtout, il y a la réparation des systèmes Patriot, poursuit l’expert, c’est-à-dire la défense aérienne, voire même la production directe d’intercepteurs des missiles eux-mêmes directement en Ukraine. Et ça, évidemment, c’est ce dont les Ukrainiens ont le plus besoin, car ils souffrent tous les jours des attaques lancées par les Russes sur leur ville. »
À écouter dans Le grand invité internationalMuriel Domenach : « On a atteint le meilleur résultat possible » au sommet de l’Otan
Un volume d’armes énorme pour l’Ukraine
Si l’industriel américain Lockheed Martin, qui produit les missiles intercepteurs Patriot, s’est engagé à tripler sa production, les usines américaines risquent pourtant d’avoir du mal à suivre le rythme d’une demande exponentielle. Alors produire à l’étranger sous licence, c’est la meilleure des solutions, précise Xavier Tytelman. « Le volume nécessaire pour défendre l’Ukraine, c’est totalement hors de portée de la production des Américains. Et les Ukrainiens savent faire beaucoup plus vite. Ils l’ont prouvé dans de nombreux domaines par le passé, notamment sur les missiles de croisière », explique l’expert aéronautique.
« C’est vraiment une grosse inflexion de la part des États-Unis. C’est un revers évidemment pour Poutine qui, depuis le début, dit que c’est une ligne rouge. Donc, aujourd’hui, on attend simplement la mise en œuvre de ces annonces, poursuit Xavier Tytelman, puisque le vrai problème, c’est que les paroles de Trump ne sont pas toujours des paroles officielles qui engagent l’État américain, ce qui n’était pas le cas avec les présidents précédents. Donc, maintenant, il faut savoir si ce qui a été annoncé va vraiment être mis en œuvre, mais en tout cas, ça fait sourire énormément de monde en Ukraine. »
La volonté politique est là, reste à relever un défi industriel
Produire en Ukraine des missiles de défense aérienne Patriot ne sera pas une mince affaire. Ça reste une ambition de long terme. Plusieurs mois seront nécessaires, estime Léo Péria-Peigné, chercheur à l’Ifri : « Se mettre à produire des missiles Patriot, se mettre à produire des ATACMS, ce n’est vraiment pas si simple. Il faut adapter des usines, il faut surtout adapter des chaînes d’approvisionnement. On n’est pas sur quelque chose qui se fait rapidement. On voit déjà les difficultés que l’industrie européenne a eues à monter en cadence sur des objets plus simples, mais alors là, commencer à produire des objets nouveaux, c’est encore un autre défi. »
Les États-Unis s’intéressent de nouveau à l’Ukraine, et ce revirement américain semble avoir piqué au vif Moscou, qui a aussitôt accusé les Européens de se préparer à un conflit armé avec la Russie.
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