
Jeudi 24 septembre, lors de son interview télévisée, Emmanuel Macron a déclaré que la France allait envoyer des moyens militaires en Arabie saoudite dans un contexte de regain des hostilités entre Riyad et les Houthis. Paris va donc envoyer des soldats pour protéger le port de Yanbu, sur la mer Rouge, infrastructure cruciale pour les exportations d’hydrocarbures. Et tous les regards se tournent vers Djibouti, principal point militaire français dans la région.
Djibouti, son port à proximité immédiate du détroit de Bab el-Mandeb. Djibouti, au cœur du chaudron moyen-oriental. Par conséquent, tout le monde veut y être, pointe Vincent Groizeleau, rédacteur en chef du magazine de référence Mer et Marine : « Alors oui, effectivement, Djibouti, c’est devenu un lieu extrêmement prisé. Les Français y sont historiquement, les Américains depuis longtemps, les Chinois également maintenant avec une base navale et donc beaucoup de pays puissants veulent avoir un point d’appui à Djibouti. Parce que Djibouti a une géographie qui le rend stratégique, la ville et son port sont situés à proximité immédiate de la mer Rouge, de l’océan Indien et près du golfe Arabo-persique. Donc, là où il y a un nœud de communication majeur sur les flux maritimes internationaux. Le gros avantage de Djibouti, par exemple par rapport à Abu Dhabi, où la France a une base navale depuis 2009, c’est que c’est en pleine mer, l’accès n’est pas entravé comme c’est le cas aujourd’hui avec Ormuz, ce qui fait que de facto, la base d’Abou Dhabi, et bien on ne peut pas l’utiliser parce que le Golfe lui-même s’est transformé en souricière. »
La Marine nationale déploie désormais deux frégates en mer Rouge. Djibouti sert bien sûr de point d’appui, notamment logistique, au navire militaire. Mais à Djibouti, la France engage également son aviation. Elle est même en première ligne dans la région, rappelle l’expert aéronautique Jean-Marc Tanguy, d’Air et Cosmos : « Les missiles dont sont dotés les Houthis peuvent parfaitement frapper Djibouti, voire même au-delà. Après, on peut dire que le feu attire le feu. Et quelque part, le fait que des moyens militaires jugés adversaires des Houthis soient présents à Djibouti, ça pourrait contribuer à amener sur ces moyens militaires des tirs. Et d’ailleurs des drones houthis ont déjà été interceptés pas très loin de Djibouti, notamment par des chasseurs Mirage 2000 de l’Armée de l’Air. Il faut aussi noter que très prochainement, les Mirage 2000-5 qui seront retirés du service de l’armée de l’air à Djibouti seront remplacés par des Rafale. Donc là, ça vous donne un peu une idée de la mesure des priorités de la France dans cette zone qui est d’envoyer un matériel ultramoderne. »
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Le conflit entre Riyad et les Houthis pourrait-il déborder jusqu’à Djibouti ? Le risque est réel et pour l’écarter, Paris prend bien soin de préciser que son action auprès de l’Arabie saoudite est purement défensive. « Évidemment, Djibouti est un pays souverain avec des bases étrangères et donc toute la difficulté de ses implantations et de ses points d’appui à l’étranger, c’est de faire une convergence entre les intérêts stratégiques des uns et des autres », souligne Vincent Groizeleau. Et d’ajouter : « Pour faire clair, Djibouti ne va pas prendre le risque de se faire bombarder parce qu’un des pays ayant des bases sur son sol a décidé de faire la guerre à un tel ou un tel. Si jamais les événements s’emballaient, si jamais il commençait à y avoir des tensions de plus en plus vives avec les Houthis (qui maintenant contrôlent de facto le détroit de Bab el-Mandeb), si Djibouti commence à se faire bombarder, est-ce que les Djiboutiens vont continuer à accepter que les pays qui sont présents sur leur sol interviennent à partir de leurs bases ? Ça, c’est une vraie question. »
À Paris, des militaires de haut rang précisent que chacun dans la région a son agenda et que l’intérêt des Houthis est aujourd’hui de contrôler seulement leur territoire. Mais reste que la région tout entière est désormais une poudrière.
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