Podcast Défense.
Le Collimateur11 septembre 202675 min

MI6, DGSE, SBU… Que valent les services de renseignement en Europe ? [Zone grise #5]

Le classement des services de renseignement européens, du MI6 à la DGSE et au SBU

Étienne Girard, directeur adjoint de la rédaction de L'Express, et Alexandra Saviana, rédactrice en chef société, ont demandé à 60 professionnels du renseignement de classer les services européens. Au micro d'Alexandre Jubelin, dans Le Collimateur, ils détaillent leur méthode et ses biais. Pourquoi le MI6 devance la DGSE, ce qui vaut aux Pays-Bas la troisième place, pourquoi l'Allemagne reste cinquième malgré les critiques, et quels services leurs voisins ne veulent plus informer.

Un classement fait par les professionnels du renseignement

Étienne Girard, directeur adjoint de la rédaction de L’Express, et Alexandra Saviana, rédactrice en chef société, expliquent à Alexandre Jubelin dans Le Collimateur comment ils ont classé les services de renseignement européens, dans un dossier paru le 30 juillet sous le titre « Le palmarès des meilleurs espions ». Le principe, pensé comme un « Ballon d’or des espions » : aucun journaliste ni universitaire parmi les votants, seulement des professionnels. Ils en espéraient 40, ils en ont réuni 60, dont 18 anciens directeurs de services, avec quelques agents encore en poste, des anciens de la CIA et du Mossad, et une règle empruntée à l’Eurovision : personne ne vote pour son propre pays. L’équipe a privilégié les retraités récents, pour éviter des regards trop anciens, et limité chaque nationalité à cinq à sept votants. Alexandre Jubelin pointe le biais d’un classement unique, alors que chaque service a ses spécialités ; Étienne Girard assume ce choix pour la lisibilité, les nuances étant traitées dans les articles. Les journalistes racontent aussi la difficulté de faire parler les anciens du MI6, l’aisance des anciens de la CIA et les rancunes entre services, qui « disent quelque chose » des relations entre eux.

Les entretiens font apparaître l’importance des niches : l’Estonie sur le cyber et la Russie, le Portugal sur l’Afrique australe, la Belgique sur la République démocratique du Congo. « Si vous êtes moyen partout, personne ne vous parle », résume Étienne Girard.

Royaume-Uni, France, Pays-Bas, Ukraine, Allemagne

Le Royaume-Uni arrive en tête, devant la France (251 points contre 160) : un service réputé pour le renseignement humain, qui ne raconte jamais ses opérations et laisse la fiction de James Bond et de John le Carré construire son image. Son point faible, selon les invités, est sa dépendance aux États-Unis via les Five Eyes. La DGSE est respectée pour son service action, comparable aux opérations du SBU ukrainien, et pour son expertise antiterroriste au Sahel et au Moyen-Orient ; surtout, elle est jugée réellement indépendante, avec parfois un reproche d’arrogance venu de petits pays. Les Pays-Bas, troisièmes, sont salués pour leur renseignement technique et cyber : les journalistes citent leur rôle dans la détection des pirates russes infiltrés dans les serveurs du Parti démocrate américain et l’agent néerlandais qui aurait introduit le virus Stuxnet à Natanz. Le service néerlandais, décrit comme « no bullshit », a formé avec la CIA le renseignement ukrainien entre 2014 et 2022. L’Ukraine, quatrième, impressionne par l’opération Spider Web mais inquiète par les risques de pénétration russe et ses clans internes. L’Allemagne, cinquième, est critiquée comme un service de « collectionneurs de timbres », ralenti par un contrôle parlementaire très intrusif, mais présent sur tous les dossiers.

Suivent la Suède, la Norvège, l’Estonie, la Pologne, le Danemark, la Roumanie, l’Espagne et la Finlande.

Les mauvais élèves et le paysage européen

En bas du tableau, la Slovaquie, dont le patron du renseignement, nommé sans expérience, est devenu le symbole d’un service dans lequel ses voisins n’ont plus confiance ; le Premier ministre Robert Fico a accusé L’Express d’avoir été instrumentalisé par l’opposition. L’Autriche, où l’espionnage n’était pas un délit jusqu’à récemment et dont le service, pénétré par la Russie, a été démantelé ; l’Italie, jugée décevante malgré ses compétences en Libye et en antiterrorisme ; la Hongrie, soupçonnée de collusion avec Moscou ; l’Espagne, aux professionnels compétents mais peu écoutés par le pouvoir politique. Les invités observent que les services progressent souvent après un traumatisme : le Royaume-Uni après l’affaire Kim Philby puis l’empoisonnement de Sergueï Skripal en 2018, l’Estonie après les attaques informatiques russes, dont le rapport annuel sur les menaces est devenu une référence.

Reste la dépendance aux États-Unis, surtout pour le renseignement technique antiterroriste : les petits pays rêvent d’une CIA européenne, la France préfère un cercle restreint de partenaires de confiance (Pays-Bas, Scandinaves, Baltes, Belgique), et personne ne veut provoquer la rupture avec Washington.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • « Le palmarès des meilleurs espions » : le dossier de L’Express paru le 30 juillet.
  • MI6 : le service de renseignement extérieur britannique, classé premier.
  • DGSE : la Direction générale de la sécurité extérieure, classée deuxième.
  • SBU : le service de sécurité ukrainien, auteur de l’opération Spider Web.
  • BND : le service de renseignement extérieur allemand, classé cinquième.
  • Five Eyes : l’alliance de partage de renseignement entre les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.
  • Stuxnet : le virus informatique qui a visé les centrifugeuses iraniennes de Natanz.
  • Ralph Goff : ancien chef des opérations Europe de la CIA, l’un des votants cités dans le dossier.
  • Affaire Skripal : la tentative d’assassinat de Sergueï Skripal au Novichok au Royaume-Uni en 2018.
  • Slow Horses : la série sur les agents déclassés du renseignement britannique, évoquée à propos des réactions outre-Manche.

Au fil de l’épisode

  • 00:03:30 : l’idée et la méthodologie de l’enquête
  • 00:19:30 : la relation aux sources
  • 00:23:00 : le classement
  • 00:47:00 : les pires services
  • 01:03:00 : le paysage de l’Europe du renseignement
  • 01:09:00 : les retours

FAQ

Quel est le meilleur service de renseignement en Europe ?

Selon le classement de L’Express présenté dans l’épisode, le MI6 britannique arrive en tête, devant la DGSE française, le service néerlandais, le renseignement ukrainien et le BND allemand. Les votants sont une soixantaine de professionnels du renseignement, dont 18 anciens directeurs de services, qui ne pouvaient pas voter pour leur propre pays.

Comment L’Express a-t-il classé les services de renseignement européens ?

Les journalistes ont interrogé 60 professionnels, sans aucun journaliste ni universitaire : anciens directeurs de services, anciens agents, quelques actifs, des anciens de la CIA et du Mossad. Chacun établissait un top 5 sans pouvoir citer son pays, avec cinq à sept votants au plus par nationalité et une préférence pour les retraités récents.

Pourquoi la DGSE est-elle si bien classée ?

D’après Alexandra Saviana, les votants respectent surtout la DGSE pour son service action et ses opérations, ainsi que pour son expertise antiterroriste au Sahel et au Moyen-Orient. Les invités soulignent aussi son indépendance vis-à-vis des États-Unis, contrairement au MI6, très lié au partage de renseignement des Five Eyes.

Une CIA européenne est-elle possible ?

Les invités en doutent. Les petits pays voudraient un partage automatique du renseignement, mais la France préfère un cercle restreint de partenaires de confiance. L’ancien directeur du service néerlandais juge une CIA européenne irréalisable, et les Européens restent dépendants du renseignement technique américain pour l’antiterrorisme.

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