
Jean-Baptiste Noé, directeur de la revue Conflits, présente le numéro consacré à la géopolitique de la France, face à Mattéo Charton. Il y défend l'idée d'une puissance bridée par ses propres choix plus que par la mondialisation ou l'Union européenne, met en garde contre la nostalgie, s'inquiète d'un pays morcelé et des réseaux criminels, et propose trois leviers : une francophonie des élites, une fiscalité allégée et une réforme de l'éducation.
Une puissance bridée, selon la revue Conflits
Jean-Baptiste Noé, directeur de la revue Conflits, présente au micro de Mattéo Charton le numéro que la revue consacre à la géopolitique de la France, le premier, dit-il, à traiter directement ce sujet depuis la création de Conflits en 2014. Sa thèse : la France reste une grande puissance, mais une puissance « bridée et empêchée ». Il met d’abord en garde contre la nostalgie, qu’il qualifie de poison : le souvenir du Concorde ou des Trente Glorieuses ne retient que les éléments glorieux, rappelle-t-il, alors que le Concorde a été un échec commercial, et cette mémoire sélective empêche d’agir dans le présent. Il décrit ensuite une France mondiale, avec ses treize fuseaux horaires grâce aux outre-mer, mondialisée, puisqu’elle tire profit des échanges, et morcelée, ce qui l’inquiète le plus : des groupes humains qui vivent côte à côte sans lien entre eux. Il cite deux changements majeurs, le retard technologique face à la Chine (intelligence artificielle, robots humanoïdes) et l’implantation de réseaux criminels internationaux qui agissent aussi par la corruption. La mondialisation et l’Union européenne sont à ses yeux des boucs émissaires commodes : la dette, la désindustrialisation ou la baisse du niveau scolaire relèvent selon lui d’une mauvaise gestion française. Il illustre ce point par l’épisode où Carrefour a dû revenir sur ses propos au sujet du Mercosur, le Brésil étant son deuxième marché.
Il désigne l’Europe comme première zone stratégique, rappelant que la France commerce deux fois plus avec la Belgique qu’avec l’ensemble du continent africain, puis les États-Unis, la Chine et l’Eurasie, qu’il voit comme le territoire central du siècle. Comme leviers, il propose une francophonie des élites portée par les lycées français, une baisse et une simplification de la fiscalité, et une réforme de l’éducation vers un pluralisme scolaire. Il juge les outre-mer à la fois essentiels et « pas pensés », et préfère parler de décrochage plutôt que de déclin, en voyant dans la robotisation une chance de rattraper l’avantage de main-d’œuvre de la Chine.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Revue Conflits : revue de géopolitique dirigée par Jean-Baptiste Noé, dont le numéro présenté est consacré à la géopolitique de la France.
- Tocqueville : cité pour son ouvrage sur la démocratie en Amérique et son constat que les temps démocratiques coupent les individus de leur passé et de leur futur.
- Concorde : pris en exemple d’un succès industriel devenu mythe malgré un échec commercial.
- Carrefour et Alexandre Bompard : l’enseigne et son président, revenus sur leurs déclarations au sujet de l’accord du Mercosur face aux protestations brésiliennes.
- Mercosur : l’accord commercial avec l’Amérique latine évoqué à propos des échanges agricoles.
- Toyota : cité comme exemple d’un industriel étranger qui installe des usines en France.
Au fil de l’épisode
- 00:00:57 : le numéro de Conflits consacré à la géopolitique de la France
- 00:01:29 : le « poison de la nostalgie » et l’exemple du Concorde
- 00:03:25 : le rapport au passé, de Tocqueville aux nains juchés sur des épaules de géants
- 00:04:39 : une France mondiale, mondialisée et morcelée
- 00:06:50 : le retard technologique face à la Chine
- 00:07:19 : l’implantation des réseaux criminels sur le territoire
- 00:08:30 : la mondialisation et l’Union européenne comme boucs émissaires, l’épisode Carrefour et Mercosur
- 00:10:54 : les zones stratégiques, de la Belgique à l’Eurasie
- 00:12:16 : les leviers d’influence : francophonie, fiscalité, formation
- 00:15:04 : la place des outre-mer dans la géopolitique française
- 00:16:22 : déclin ou décrochage, la question de la dette
- 00:17:42 : les raisons d’espérer : attractivité industrielle et robotisation
FAQ
Qu’est-ce que le « poison de la nostalgie » selon Jean-Baptiste Noé ?
Pour le directeur de la revue Conflits, la nostalgie déforme le regard sur le passé en ne retenant que les éléments glorieux, comme le Concorde, qu’il rappelle avoir été un échec commercial. Elle empêche aussi de se projeter : selon lui, la question n’est pas les années 1970 ou les Trente Glorieuses, mais ce que la France doit faire aujourd’hui.
Quelles sont les zones stratégiques pour la France selon la revue Conflits ?
Jean-Baptiste Noé place l’Europe au premier rang, avec la Belgique, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne : il souligne que la France commerce deux fois plus avec la Belgique qu’avec tout le continent africain. Viennent ensuite les États-Unis et la Chine, et plus largement l’Eurasie, qu’il considère comme le territoire central pour la France au XXIe siècle.
Pourquoi Jean-Baptiste Noé préfère-t-il parler de décrochage plutôt que de déclin ?
Il estime que le mot déclin porte un jugement moral, proche de celui de décadence. Il parle de décrochage parce que la France reste, selon lui, parmi les six ou sept premières puissances mondiales, garde de grandes entreprises et attire des industriels étrangers. Il voit dans la robotisation un moyen de combler le retard, à condition de s’y engager tôt.
Quelle place les outre-mer occupent-ils dans la géopolitique française ?
Jean-Baptiste Noé parle d’un paradoxe : les outre-mer sont essentiels pour la présence française dans le monde, ses ports et ses bases militaires, mais ils ne sont pas pensés, abordés seulement sous l’angle social. Il y voit une richesse que la France pourrait développer bien davantage.
Brésil : pourquoi Lula a gagné
31 Oct
Tsars et tsarines de Russie – Anna Moretti
30 Oct
Brésil : victoire de Lula
26 Oct
Le Vatican insolite – Caroline Pigozzi
23 Oct
Géopolitique de Paris
20 Oct
Israël : la culture du combat – Gil Mihaely
16 Oct
Atlas Conflits : un atlas pour décrypter le monde – Jean-Baptiste Noé
13 Oct
Indice Conflits de la défense
9 Oct
Éthiopie : la guerre reprend
6 Oct
Alexis de Tocqueville et la guerre
2 Oct
Venezuela : terrain de chasse des États-Unis
29 Sep
Le mythe des Trente glorieuses
25 Sep
Russie – Ukraine : une guerre sans fin ? Avec Arnaud Dubien | Entretiens géopo
4 Nov
Intelligence artificielle, résistances humaines : Prestations sociales : des allocataires contre la traque algorithmique
4 Nov
La fin de l’« effet Trump » est une victoire de la démocratie
4 Nov
Midterms : quels sont les ressorts de l’écrasante victoire démocrate ?
4 Nov
Ces relais russes au cœur de l’Europe
4 Nov
Intelligence artificielle, résistances humaines : Face aux data centers, une soif de démocratie
3 Nov
Quelles nouvelles dynamiques géopolitiques en Afrique ? Djenabou Cisse
2 Nov
Quelle géopolitique des triades ? Avec Gérard Bouan (ex-DGSE)
2 Nov
Intelligence artificielle, résistances humaines : Armes autonomes, un sursaut contre les « robots tueurs » ?
2 Nov
En Pologne, une crise politique qui résonne dans toute l’Europe
2 Nov
Les manifs lycéennes et étudiantes gagnent d’autres pays européens
1 Nov
Le salon Euronaval 2026 marque le retour de la puissance navale
31 Oct

