
David a été sapeur-sauveteur de la Sécurité civile pendant 23 ans. En 2010, il part cinq semaines en Haïti après le séisme, avec une mission connue d'avance : retrouver huit Français disparus à Port-au-Prince et rendre les corps à leurs familles. Dans Gueules Cassées, le podcast de l'Union des Blessés de la Face et de la Tête, il raconte le syndrome post-traumatique qui s'est déclaré au retour, les années de déni et d'isolement, puis la reconstruction par la pêche, jusqu'à son métier de moniteur guide de pêche au Grau-du-Roi.
Haïti, cinq semaines dans les décombres de Port-au-Prince
David a servi 23 ans comme sapeur-sauveteur de la Sécurité civile, dont 11 ans au 1er régiment d’instruction et d’intervention de la Sécurité civile, à Nogent-le-Rotrou, puis 7 ans au centre opérationnel de zone de Lyon. Dans cet épisode des Gueules Cassées, il raconte la mission qui l’a blessé sans qu’il le sache : Haïti, en 2010, après le séisme. Il précise d’emblée ce qu’est son métier : « le sapeur-sauveteur, ce n’est pas un pompier », mais un militaire du génie de l’armée de Terre, branche sécurité civile, spécialisé dans les catastrophes naturelles, les feux de forêt, les inondations et les risques chimiques et biologiques. Avant Haïti, il a connu la marée noire de l’Erika, les campagnes de feux de forêt en Corse et une projection au Sri Lanka après le tsunami de 2004. Rappelé de congé, il part en second rideau, huit à dix jours après le séisme, avec une mission connue dès le départ : retrouver huit ressortissants français disparus à Port-au-Prince et rendre les corps aux familles. Adjoint d’un chef de section, il décrit une ville « par terre », l’aéroport verrouillé par l’armée américaine, les recherches sous l’hôtel Montana, où son détachement sort entre 50 et 80 corps pour deux ou trois victimes françaises, et des nuits où l’on entend les chants vaudous dans la vallée. Au bout de cinq semaines, les huit corps sont identifiés et récupérés. Il rentre avec douze kilos de moins.
Au retour, comme ses camarades, il coche « non » à toutes les questions du questionnaire. « Ça fait partie du job », se dit-il alors. Il ne sait pas encore ce qu’est un syndrome post-traumatique.
De la blessure invisible au métier de guide de pêche
Les premiers signes apparaissent l’été suivant, pendant la campagne de feux de forêt en Corse : il s’enferme dans sa chambre volets clos, regarde des films de guerre, devient agressif. Puis vient la peur, raconte-t-il : celle de diriger ses hommes et de devoir annoncer à une mère qu’il a perdu un de ses gars. Avant une alerte, il va voir le médecin-chef et dit qu’il ne peut pas partir. Le diagnostic est posé en 2011 à l’hôpital Percy. Suivent des années qu’il décrit sans détour : la pression pour reprendre le service, un bureau sans fonction, l’impression d’être « un paria », l’isolement entre 2011 et 2017, puis la rupture avec sa hiérarchie quand on lui demande de prolonger. C’est le service médical du 31e régiment du génie, à Castelsarrasin, qui établit le rapport circonstancié, sept ans après les faits, et lui ouvre le parcours de soins militaire : congé de longue maladie, suivi psychologique, consolidation, puis resocialisation et reconversion. Il évoque son divorce et le rôle de sa compagne, qui a été pour lui « plus qu’une béquille ». Pour avancer, il crée une société qui assemble dans son garage des batteries au lithium pour le nautisme et la pêche sportive, puis, en 2021, une association avec sa compagne. En juin 2023, celle-ci organise au Grau-du-Roi un premier stage pêche et nature en Camargue pour huit blessés : pêche sportive, visite de l’Institut marin du Seaquarium et d’un centre de soins des tortues marines, randonnée. Le stage est depuis repris chaque année, en octobre, par le cercle sportif de l’Institution nationale des Invalides.
La pair-aidance, rencontrée au contact d’autres blessés, marque selon lui le début de l’acceptation. L’Union des Blessés de la Face et de la Tête l’a aidé financièrement, a soutenu sa reconversion et financé 30 % du premier stage. Diplômé d’un brevet d’État pour devenir moniteur guide de pêche, il ne se présente plus comme un blessé. À un jeune blessé qui hésite à rejoindre l’UBFT, il conseille de « foncer les yeux fermés ».
Pour aller plus loin
- Le site de David, moniteur guide de pêche : www.port-camargue-peche.fr
- L’histoire de David et sa nouvelle vie en mer, en vidéo sur www.youtube.com
- Le site des Gueules Cassées : www.gueules-cassees.asso.fr
- La chaîne YouTube des Gueules Cassées
Les références de l’épisode
- Séisme d’Haïti (2010) : David est projeté à Port-au-Prince huit à dix jours après la catastrophe.
- Hôtel Montana, à Port-au-Prince : principal chantier de recherche de son détachement.
- 1er régiment d’instruction et d’intervention de la Sécurité civile (Nogent-le-Rotrou) : son unité pendant 11 ans.
- Centre opérationnel de zone de Lyon : son affectation pendant 7 ans.
- Hôpital Percy : lieu du diagnostic de son syndrome post-traumatique, en 2011.
- 31e régiment du génie (Castelsarrasin) : son service médical établit le rapport circonstancié qui relance sa prise en charge.
- Cercle sportif de l’Institution nationale des Invalides : reprend chaque année le stage pêche et nature en Camargue.
- Institut marin du Seaquarium (Le Grau-du-Roi) : visité par les blessés pendant le stage.
- Office national des combattants et des victimes de guerre (ONAC) : cité parmi les organismes qui l’accompagnent.
- Union des Blessés de la Face et de la Tête (UBFT), les Gueules Cassées : association qui le soutient depuis 2022 ou 2023.
Au fil de l’épisode
- 00:00:45 : présentation de David, 23 ans de service dans la Sécurité civile
- 00:01:15 : le métier de sapeur-sauveteur, militaire du génie au service du ministère de l’Intérieur
- 00:02:29 : premières missions, de l’Erika au tsunami du Sri Lanka en 2004
- 00:03:41 : rappelé de congé après le séisme d’Haïti
- 00:04:30 : la mission : retrouver huit ressortissants français disparus
- 00:05:45 : Port-au-Prince détruite et l’organisation des recherches
- 00:06:15 : les recherches à l’hôtel Montana et le renfort des hôpitaux
- 00:07:02 : le retour, épuisé, sans conscience d’une blessure psychique
- 00:08:22 : le questionnaire du retour et la campagne de feux de forêt en Corse
- 00:10:14 : la peur de diriger ses hommes et le diagnostic à Percy
- 00:11:06 : la reprise forcée et les années d’isolement, de 2011 à 2017
- 00:13:29 : la rupture avec la hiérarchie et le rapport circonstancié du 31e régiment du génie
- 00:15:39 : consolidation, resocialisation, reconversion
- 00:16:07 : le rôle des proches et le soutien de sa compagne
- 00:17:52 : la société de batteries au lithium et la naissance d’une association
- 00:19:08 : le premier stage pêche et nature en Camargue, repris par le cercle sportif des Invalides
- 00:20:58 : l’hyperactivité comme moyen d’avancer
- 00:22:08 : ne plus se présenter comme un blessé, la pair-aidance
- 00:23:19 : le brevet d’État de moniteur guide de pêche
- 00:24:11 : le soutien de l’ONAC et de l’UBFT
- 00:26:55 : son message aux jeunes blessés
FAQ
Qu’est-ce qu’un sapeur-sauveteur de la Sécurité civile ?
Selon David, ce n’est pas un pompier mais un militaire de l’armée de Terre, de l’arme du génie, branche sécurité civile, qui sert pour des missions du ministère de l’Intérieur. Il est spécialisé dans les catastrophes naturelles : cyclones, feux de forêt, inondations, risques chimiques et biologiques, avec des départs au pied levé en France comme à l’étranger.
Quelle était la mission des sapeurs-sauveteurs en Haïti en 2010 ?
Le détachement de David devait retrouver huit ressortissants français disparus à Port-au-Prince après le séisme, notamment à l’hôtel Montana, et rendre les corps aux familles. La mission a duré cinq semaines. Une seconde mission consistait à renforcer les équipes médicales des hôpitaux de la ville. Les huit corps ont été identifiés et récupérés.
Comment son syndrome post-traumatique s’est-il manifesté ?
David raconte que les signes sont apparus l’été suivant la mission, en Corse : isolement dans le noir, films de guerre, agressivité, intolérance envers sa hiérarchie. Il a ensuite découvert la peur de diriger ses hommes et de commettre une erreur mortelle. Le diagnostic a été posé en 2011 à l’hôpital Percy.
Qu’est-ce que le stage pêche et nature en Camargue pour les militaires blessés ?
C’est un stage créé par l’association de David et de sa compagne, organisé pour la première fois en juin 2023 au Grau-du-Roi pour huit blessés : pêche sportive, découverte de la biodiversité, randonnée en Camargue. Le cercle sportif de l’Institution nationale des Invalides l’a repris et le reconduit chaque année en octobre.
Comment l’UBFT a-t-elle accompagné David ?
D’après son témoignage, les Gueules Cassées l’ont d’abord aidé à faire face à ses difficultés financières après l’armée, puis ont financé une partie de son projet de reconversion et 30 % du premier stage en Camargue. Il souligne la proximité de son conseiller départemental, joignable au quotidien et réactif en cas de besoin.
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