Podcast Défense.
Nid d'espions28 octobre 202637 min

Roger Wybot, le maître-espion le plus puissant de la IVe république

avec Olivier Brun

Olivier Brun, Roger Wybot et la création de la DST sous la IVe République

Olivier Brun, haut fonctionnaire au ministère de l'Intérieur, a consacré une biographie à Roger Wybot, fondateur de la DST en 1944 et figure redoutée de la IVe République. Il en parle avec Etienne Girard dans Nid d'espions, le podcast de L'Express sur le renseignement. Recalé à Polytechnique, résistant à Marseille puis à Londres, écarté par de Gaulle en 1942 puis en 1958, Roger Wybot a façonné des méthodes que le contre-espionnage français a appliquées pendant des décennies. Son nom, lui, a été oublié.

Le bâtisseur oublié du contre-espionnage

Dans Nid d’espions, le podcast de L’Express consacré au renseignement, Etienne Girard reçoit Olivier Brun, haut fonctionnaire au ministère de l’Intérieur et auteur de « Roger Wybot, maître du contre-espionnage français » (Perrin), première biographie de l’homme qui a créé la Direction de la surveillance du territoire (DST), ancêtre de l’actuelle Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Olivier Brun retrace un parcours hors du commun : un jeune homme d’un milieu modeste, recalé de peu à Polytechnique en 1933, ce qui le conduit vers une carrière d’officier d’artillerie, cité pour son sang-froid lors du repli de 1940. Il choisit aussitôt la Résistance, travaille pour elle à Marseille sous couvert du bureau des menées antinationales, puis rejoint Londres le 6 novembre 1941. Au BCRA, le renseignement du général de Gaulle, il dirige la section de contre-espionnage et monte un fichier de 100 000 Français pour repérer d’éventuels agents ennemis parmi les volontaires. Un conflit interne et une entrevue désastreuse avec de Gaulle l’obligent à quitter le service le 15 novembre 1942 : il repart comme capitaine d’artillerie en Libye puis en Italie, où il est cité à deux reprises.

À la Libération, il s’impose face à d’autres prétendants et crée la DST le 22 novembre 1944, un service à la fois de renseignement et judiciaire, un modèle qui perdure selon l’auteur. Il le dirige jusqu’en 1958.

Une main de fer, des affaires d’État, une chute brutale

Olivier Brun décrit un chef qui contrôle tout : sources, opérations et interrogatoires lui remontent, les notes de plus de deux pages finissent à la broyeuse, et un système de micros lui permet d’écouter les bureaux d’audition. Il revient sur l’investissement du camp de Beauregard, le 14 novembre 1947, qui abritait une mission soviétique, puis sur l’affaire des fuites de 1953, quand les débats d’un comité de défense nationale se retrouvent dans la presse communiste. En moins de deux semaines, Roger Wybot soupçonne Jean Mons, secrétaire général permanent de la Défense nationale. Deux collaborateurs de celui-ci avouent, mais Jean Mons échappe à toute condamnation. L’auteur évoque aussi l’homosexualité de Roger Wybot, qu’il ne cachait pas, et une condamnation des années 1930 retrouvée dans les archives, dont ses adversaires se sont servis contre lui. En 1958, après avoir participé à la préparation d’un projet de putsch destiné à ramener de Gaulle au pouvoir, il est congédié du jour au lendemain, avant de finir sa carrière à l’inspection des écoles de police, qu’il transforme en IGPN.

Pour Olivier Brun, l’homme a été oublié, mais ses méthodes sont restées appliquées à la DST pendant près de 70 ans : cotation des sources, rédaction des notes, archives papier reliées par des mots-codes.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Roger Wybot, maître du contre-espionnage français : le livre d’Olivier Brun paru chez Perrin, adapté de sa thèse.
  • BCRA : le service de renseignement du général de Gaulle à Londres, où Roger Wybot dirige la section de contre-espionnage de 1941 à 1942.
  • Direction de la surveillance du territoire (DST) : le service de contre-espionnage créé par Roger Wybot le 22 novembre 1944, qu’il dirige jusqu’en 1958.
  • DGSI : la Direction générale de la sécurité intérieure, héritière de la DST.
  • Bureau des menées antinationales : le service de Marseille où Roger Wybot travaille pour la Résistance sous couvert du régime de Vichy.
  • Camp de Beauregard : le camp de la mission soviétique en région parisienne, investi par la DST en novembre 1947.
  • Affaire des fuites : l’enquête de 1953 sur des débats de défense nationale publiés par la presse communiste.
  • Jean Mons : le secrétaire général permanent de la Défense nationale soupçonné par Roger Wybot dans l’affaire des fuites.
  • Hôtel La Pérouse : l’hôtel parisien où l’appartement du général de Gaulle a été placé sur écoute, une affaire imputée à Roger Wybot par la presse.
  • IGPN : l’inspection que Roger Wybot transforme et baptise après son éviction de la DST.

Au fil de l’épisode

  • 00:01:45 : Les alertes actuelles de la DGSI sur les ingérences
  • 00:02:59 : Présentation d’Olivier Brun et de sa biographie de Roger Wybot
  • 00:04:04 : L’homme le plus puissant de la IVe République ?
  • 00:06:06 : Une origine modeste et l’échec à Polytechnique en 1933
  • 00:07:56 : Officier d’artillerie dans le repli de 1940
  • 00:08:29 : Le choix de la Résistance et le bureau des menées antinationales à Marseille
  • 00:09:44 : L’arrivée à Londres et la création du BCRA
  • 00:11:04 : Le fichier de 100 000 Français arrivés à Londres
  • 00:11:32 : Le conflit interne et la rupture avec le général de Gaulle
  • 00:13:23 : La Libye et la campagne d’Italie
  • 00:14:17 : La Libération et la création de la DST en novembre 1944
  • 00:16:19 : Un service restreint, à la fois de renseignement et judiciaire
  • 00:17:43 : Un chef qui contrôle tout : notes de deux pages et micros
  • 00:20:32 : Les affaires de l’épuration
  • 00:21:02 : L’affaire du camp de Beauregard
  • 00:22:50 : Le recrutement des sources et le renseignement de sources ouvertes
  • 00:24:37 : L’affaire des généraux et l’affaire des fuites
  • 00:26:45 : Jean Mons et la technique d’interrogatoire de Roger Wybot
  • 00:29:02 : Son homosexualité et les attaques de ses adversaires
  • 00:31:44 : L’éviction de 1958
  • 00:33:04 : L’affaire des micros de l’hôtel La Pérouse
  • 00:33:57 : Sa participation au projet de putsch de 1958
  • 00:34:53 : L’inspection des écoles de police et la naissance de l’IGPN
  • 00:36:16 : L’héritage de Roger Wybot dans le contre-espionnage

FAQ

Qui était Roger Wybot ?

Roger Wybot est le fondateur de la Direction de la surveillance du territoire (DST), ancêtre de la DGSI, qu’il crée le 22 novembre 1944 et dirige jusqu’en 1958. Résistant, il avait auparavant dirigé la section de contre-espionnage du BCRA à Londres. Selon Olivier Brun, la presse de l’époque le présentait comme l’homme le plus puissant de la IVe République.

Qu’est-ce que l’affaire des fuites de 1953 ?

En 1953, les débats d’un comité de défense nationale réunissant une douzaine de personnes se retrouvent dans la presse communiste. Roger Wybot enquête et, en moins de deux semaines, soupçonne Jean Mons, secrétaire général permanent de la Défense nationale. Deux de ses collaborateurs avouent et sont condamnés à deux et quatre ans de prison ; Jean Mons n’est pas condamné.

Pourquoi Roger Wybot a-t-il quitté la DST en 1958 ?

Olivier Brun avance plusieurs hypothèses : de Gaulle ne voulait pas d’un fonctionnaire trop puissant trop longtemps, la presse l’accusait des micros posés dans l’appartement du général à l’hôtel La Pérouse, et leur relation était mauvaise depuis le BCRA. Il est congédié sans explication, alors qu’il avait participé au projet de putsch pour le retour du général au pouvoir.

Que reste-t-il aujourd’hui des méthodes de Roger Wybot ?

D’après Olivier Brun, ses méthodes mises en place dès 1944 et 1945 sont restées appliquées à la DST pendant près de 70 ans : cotation et contrôle des sources, notes courtes et normées, archives papier à trois entrées reliées par des mots-codes. Il pratiquait aussi, dès Londres, une forme de renseignement de sources ouvertes à partir d’annuaires et de journaux officiels.

Roger Wybot, le maître-espion le plus puissant de la IVe républiqueNid d'espions
0:00
36:39