
Président de la Fondation du SMA, le général de division (2S) Jean-Pierre Metz défend une idée simple : l'accompagnement d'un jeune ultramarin ne doit pas s'arrêter à la porte du régiment. Créée en 2023 et financée par des fonds privés, la Fondation paie une caution, un permis poids lourd, une formation de soudeur-scaphandrier ou les premiers pas d'une activité agricole, pour que l'insertion tienne dans la durée et sur le territoire. Un entretien concret sur les freins à l'emploi outre-mer, sur le mécénat de confiance et sur ce que réussir veut dire quand on a vingt ans en Guyane, en Martinique ou à Mayotte.
Une fondation pour prolonger le SMA au-delà du régiment
Le Service militaire adapté (SMA) accompagne depuis plus de soixante ans des jeunes ultramarins vers l’emploi, dans sept régiments répartis outre-mer. Mais les volontaires n’y restent que huit à douze mois, et le suivi s’arrête six mois après leur départ : c’est ce vide qu’est venue combler la Fondation du SMA, créée en 2023 à la demande d’un ancien ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu. Jean-Pierre Metz, général de division (2S), en a pris la présidence. Il raconte pourquoi il a candidaté : chef d’état-major du service militaire volontaire (SMV), dispositif créé en 2015 pour transposer le modèle du SMA dans l’Hexagone, il avait déjà fait de l’insertion des jeunes son sujet. Sa première rencontre avec le SMA remonte, dit-il, à 1989, lors d’un stage de préparation au service outre-mer, puis en Martinique, où il servait au 33e RIMa.
La Fondation ne double pas le SMA, elle le prolonge : le chef de corps du RSMA de Mayotte reprend l’image que Jean-Pierre Metz emploie lui-même, celle du « service après-vente » du dispositif. Là où les régiments vivent de fonds publics, elle ne s’appuie que sur des fonds privés, ce qui lui donne selon son président « une capacité d’agir rapide » et la liberté d’aider aussi des jeunes qui ne sont jamais passés par un régiment : elle s’adresse à toute la jeunesse ultramarine jusqu’à trente ans, et parfois au-delà, même si plus de 90 % des jeunes soutenus sortent aujourd’hui du SMA.
Lever les deux freins de l’emploi durable : le logement et la mobilité
Deux obstacles reviennent partout, outre-mer comme dans l’Hexagone, explique Jean-Pierre Metz en s’appuyant sur son expérience du SMV : le logement et la mobilité. Le programme Coup de pouce logement verse une bourse au jeune qui a décroché un emploi ou une promesse d’embauche et doit déménager — la caution, le premier mois de loyer, les premiers achats, le lit, la gazinière. Le programme Mobilités finance des permis poids lourd, FIMO, matières dangereuses ou transport de personnes, qui ouvrent des emplois plus qualifiés ; en Martinique, un partenaire a offert une voiture que la Fondation prête deux à trois mois à un jeune fraîchement embauché, le temps qu’il mette de côté de quoi s’acheter un véhicule d’occasion. Il cite aussi les jeunes venus du fleuve, en Guyane, qui n’accèdent pas au permis parce qu’ils doivent d’abord réapprendre la langue et les codes du quotidien.
Ces besoins, la Fondation ne les devine pas depuis Paris. Ce sont ses associations territoriales, désormais installées partout — la dernière à Mayotte en début d’année — qui repèrent les projets, au contact des régiments et des partenaires locaux. Un an et demi après le lancement, plus de 150 projets ont été soutenus.
Financer un métier, créer une activité, convaincre les entreprises
Deux autres programmes complètent l’édifice. La formation d’abord : la Fondation cofinance aussi bien un BSR qui permet d’acheter un scooter et d’aller travailler à Saint-Martin qu’un cursus de deux ans pour un jeune Martiniquais qui veut devenir soudeur-scaphandrier, la formation d’infirmiers calédoniens dans l’Hexagone, ou le projet d’un jeune Mahorais qui vise le métier de pilote de ligne. La création d’activité ensuite, avec une priorité assumée pour l’autonomie alimentaire — agriculture, pêche, et jusqu’à la distribution, pour que les petites productions échappent aux aléas de la grande distribution — dans des territoires que Jean-Pierre Metz décrit comme largement dépendants de l’extérieur depuis quarante ou cinquante ans. Viennent enfin des projets culturels : espaces verts en Polynésie, un salon de coiffure ambulant qui « prend tout son sens quand on connaît l’archipel », un salon de tatouage en Nouvelle-Calédonie, activité reconnue et inscrite dans une tradition.
Pour financer tout cela, il distingue trois mécénats : le mécénat financier, qui alimente les bourses ; le mécénat de compétences, avec des experts-comptables, des banquiers ou des informaticiens qui donnent du temps aux porteurs de projet ; et le mécénat de confiance, quand le label SMA suffit à rassurer un bailleur social sur le sérieux d’un jeune locataire. Un premier rapport de mesure d’impact est attendu en octobre, et l’objectif financier est d’atteindre deux millions d’euros par an en 2027 — de quoi appuyer 200 à 300 jeunes.
Pour aller plus loin
- Le site de la Fondation du SMA
- La Fondation du SMA sur LinkedIn
- La Fondation du SMA sur X
- La chaîne YouTube du SMA
- Le SMA sur Instagram
- Le SMA sur Facebook
- Le SMA sur LinkedIn
Les références de l’épisode
- Le Service militaire adapté (SMA) — dispositif de formation et d’insertion des jeunes ultramarins, sept régiments, plus de soixante ans d’existence.
- La Fondation du SMA — créée en 2023, financée par des fonds privés, présidée par Jean-Pierre Metz.
- Le service militaire volontaire (SMV) — transposition du modèle du SMA dans l’Hexagone, créé en 2015 ; Jean-Pierre Metz en fut le premier chef d’état-major.
- Sébastien Lecornu — ancien ministre des Outre-mer, à l’origine de la commande de la Fondation.
- Le général Patrice Bellon — commandant le Service militaire adapté, interrogé en ouverture de l’épisode.
- Olivier Jacob — directeur général des Outre-mer, interrogé en ouverture de l’épisode.
- Le 33e RIMa — régiment de Martinique où a servi Jean-Pierre Metz.
- Coup de pouce logement et Mobilités — les deux premiers programmes de la Fondation.
- Action Logement — partenaire de la Fondation sur le logement des jeunes.
- L’Ordre des experts-comptables — partenaire en mécénat de compétences dans chaque département d’outre-mer.
- Rubis Énergie, la Fondation CMA CGM, Total — entreprises et fondations partenaires citées.
- La Varappe — partenaire du projet d’unité de transformation de conteneurs à Mayotte.
Au fil de l’épisode
- 00:01:17 — Soixante ans de SMA, et la question qui reste : comment prolonger l’élan après le régiment ?
- 00:02:09 — Olivier Jacob, directeur général des Outre-mer, sur l’utilité de la Fondation.
- 00:03:01 — Le général Patrice Bellon : 155 dossiers aidés en une année, les chefs de corps présidents des délégations territoriales.
- 00:04:56 — À Mayotte, une association créée en début d’année, avec un bureau à moitié civil pour mieux toucher le tissu local.
- 00:07:07 — Pourquoi la Fondation a été créée, et ce qui a poussé Jean-Pierre Metz à en prendre la présidence.
- 00:09:05 — Sa découverte du SMA en 1989, puis la Martinique et le 33e RIMa.
- 00:10:42 — En quoi la Fondation complète le SMA : tous les jeunes ultramarins, et des fonds exclusivement privés.
- 00:12:34 — Plus de 90 % des jeunes soutenus sont issus du SMA, mais le dispositif est ouvert à tous.
- 00:13:19 — Sa définition de la réussite : prendre pied dans la vie active sur son propre territoire.
- 00:15:05 — Les deux freins à l’emploi durable : le logement et la mobilité.
- 00:15:42 — Le programme Coup de pouce logement : caution, premier loyer, premiers achats.
- 00:16:24 — Le programme Mobilités : permis PL, FIMO, matières dangereuses, et une voiture prêtée en Martinique.
- 00:18:24 — Comment les associations territoriales repèrent les projets ; plus de 150 projets en un an et demi.
- 00:20:15 — Le programme formation : du BSR au soudeur-scaphandrier, des infirmiers calédoniens au pilote de ligne mahorais.
- 00:22:53 — La création d’activité et la souveraineté alimentaire des outre-mer.
- 00:25:14 — Espaces verts en Polynésie, coiffure ambulante, salon de tatouage calédonien : lire un projet à l’échelle de son territoire.
- 00:27:19 — Construire une mesure d’impact : premier rapport attendu en octobre.
- 00:29:07 — Retrouver les anciens volontaires du SMA, futurs recruteurs.
- 00:30:09 — Les trois mécénats : financier, de compétences, de confiance.
- 00:32:19 — L’appel aux entreprises et aux institutions attachées à la cohésion sociale des outre-mer.
- 00:34:25 — Ouvrir des filières nouvelles : pompiste, gardien d’immeuble, transformation de conteneurs à Mayotte.
- 00:37:03 — L’ambition : deux millions d’euros annuels en 2027, 200 à 300 jeunes appuyés chaque année.
- 00:39:13 — Ce qui le marque le plus : les sourires des jeunes rencontrés sur le terrain.
- 00:40:54 — Son message aux jeunes ultramarins : « N’ayez pas peur de réfléchir à un projet. »
FAQ
Qu’est-ce que la Fondation du SMA ?
La Fondation du SMA est une fondation créée en 2023 à la demande d’un ancien ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, pour prolonger l’action du Service militaire adapté. Financée exclusivement par des fonds privés, elle soutient des projets d’insertion de jeunes ultramarins une fois qu’ils ont quitté le régiment, ou même sans y être passés.
Qui peut être aidé par la Fondation du SMA ?
Selon son président Jean-Pierre Metz, la Fondation s’adresse aux jeunes ultramarins jusqu’à trente ans, et parfois un peu au-delà, qu’ils soient ou non passés par le Service militaire adapté. Dans les faits, plus de 90 % des jeunes soutenus au bout d’un an et demi étaient issus du SMA, mais le dispositif reste ouvert à tous.
Quels sont les programmes de la Fondation du SMA ?
La Fondation compte quatre programmes principaux : Coup de pouce logement, qui finance caution, premier loyer et premier emménagement ; Mobilités, qui paie des permis de conduire professionnels ; un programme de formation, qui cofinance des cursus complémentaires ; et l’insertion par l’emploi, qui accompagne les jeunes créant leur propre activité.
Qu’est-ce que le mécénat de confiance ?
C’est la troisième forme de mécénat décrite par Jean-Pierre Metz, à côté du mécénat financier et du mécénat de compétences. Elle consiste à utiliser le label de qualité du SMA comme garantie auprès d’un partenaire : un bailleur social sait qu’un jeune soutenu par la Fondation est connu, suivi, et accompagné en cas de difficulté.
Qui est le général Jean-Pierre Metz ?
Jean-Pierre Metz est général de division en deuxième section et président de la Fondation du SMA. Il a été le premier chef d’état-major du service militaire volontaire, créé en 2015 pour transposer le modèle du SMA dans l’Hexagone. Il avait découvert le Service militaire adapté en 1989, puis lors d’une affectation en Martinique.
Quelle est l’ambition de la Fondation du SMA ?
Jean-Pierre Metz ne fixe pas d’objectif pour 2030 : il vise une montée en puissance progressive jusqu’à un volume d’environ deux millions d’euros par an, espéré pour 2027, ce qui permettrait d’appuyer 200 à 300 jeunes chaque année. La priorité reste de stabiliser la structure et ses associations territoriales.
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