
Dans Les Lundis de l'IHEDN, l'Institut des hautes études de défense nationale consacre une fiche d'actualité à la Hongrie, État charnière d'Europe centrale qui combine intégration occidentale et recherche d'autonomie. Du traité de Trianon au « multi-alignement » de Viktor Orbán entre Union européenne, OTAN, Russie, Turquie et Chine, la fiche explique les ressorts de cette posture, puis ce que peut changer l'arrivée au pouvoir de Péter Magyar en avril 2026, et ce qui ne changera pas.
Du multi-alignement de Viktor Orbán à l’alternance
Cette fiche d’actualité de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), lue dans Les Lundis de l’IHEDN, analyse la politique étrangère et de défense de la Hongrie, de l’ère de Viktor Orbán à l’arrivée au pouvoir de Péter Magyar en avril 2026. État charnière d’Europe centrale, voisin de l’Ukraine et point de passage énergétique entre la Russie, la Turquie et l’Europe centrale, le pays se conçoit, selon la fiche, comme un espace de transit et d’intermédiation plus que comme un État de première ligne. Sa culture stratégique reste marquée par le traité de Trianon, signé le 4 juin 1920, qui a fait perdre au royaume près des deux tiers de son territoire et laissé plusieurs millions de Hongrois hors des frontières ; le 4 juin est célébré depuis 2010 comme journée de l’unité nationale. Membre de l’OTAN depuis 1999 et de l’Union européenne depuis 2004, la Hongrie modernise ses armées depuis 2016, consacre 2 % de son PIB à la défense en 2025 et coopère notamment avec l’Allemagne, son principal fournisseur d’équipements terrestres, la France et la Suède. À partir de 2010, Viktor Orbán a construit une stratégie dite de « multi-alignement » : rester dans le camp occidental tout en multipliant les partenariats avec la Russie, dont le pays importe toujours pétrole et gaz, la Turquie et la Chine, qui investit dans les batteries électriques et l’automobile. La fiche décrit aussi la centralisation du pouvoir autour du Fidesz, les tensions avec Bruxelles sur l’état de droit, l’usage du veto comme levier de négociation et le gel de fonds européens, ainsi que le retard imposé à l’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’OTAN. Depuis 2022, cet équilibre est devenu plus difficile à tenir et a isolé Budapest, y compris face à Varsovie au sein du groupe qu’elle formait avec la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie.
Ancien proche du pouvoir, Péter Magyar apparaît selon la fiche comme « un réformateur du système » plutôt qu’un révolutionnaire : levée du veto sur 6,6 milliards d’euros de la facilité européenne pour la paix, déblocage de 16,4 milliards d’euros de fonds gelés, mais des contraintes institutionnelles, budgétaires et énergétiques qui limitent tout repositionnement brutal.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Viktor Orbán : Premier ministre de 1998 à 2002 puis à partir de 2010, artisan de la stratégie de multi-alignement.
- Péter Magyar : arrivé au pouvoir en avril 2026, ancien proche du pouvoir devenu opposant.
- Traité de Trianon : signé le 4 juin 1920, il entérine le démantèlement du royaume de Hongrie.
- Fidesz, Union civique hongroise : le parti de Viktor Orbán, au pouvoir pendant plus de quinze ans.
- Facilité européenne pour la paix (FEP) : 6,6 milliards d’euros débloqués après la levée du veto hongrois.
- Insurrection de 1956 : écrasée par l’armée soviétique, elle ouvre un assouplissement relatif du régime communiste.
Au fil de l’épisode
- 00:00:27 : une position charnière entre Europe centrale, Balkans et espace danubien
- 00:00:56 : la Hongrie, carrefour des flux énergétiques et dépendante du pétrole et du gaz russes
- 00:01:23 : la mémoire du traité de Trianon
- 00:03:27 : de la Seconde Guerre mondiale à la transition démocratique de 1989
- 00:03:56 : l’entrée dans l’OTAN et l’Union européenne
- 00:04:28 : la modernisation des forces armées depuis 2016
- 00:05:21 : le modèle Orbán et la stratégie de multi-alignement
- 00:07:29 : les relations ambivalentes avec l’Union européenne
- 00:08:35 : blocages à l’OTAN et proximité avec la Russie
- 00:09:36 : la Turquie et la Chine, autres partenaires de Budapest
- 00:10:38 : la guerre en Ukraine met l’équilibre sous tension
- 00:12:07 : l’arrivée au pouvoir de Péter Magyar
- 00:13:53 : les limites institutionnelles, budgétaires et géopolitiques du changement
FAQ
Qu’est-ce que la stratégie de multi-alignement de la Hongrie ?
Selon l’IHEDN, c’est la politique menée par Viktor Orbán à partir de 2010 : un alignement à degrés variables entre l’Union européenne, l’OTAN, la Russie, la Turquie et la Chine. Il ne s’agit pas de quitter le camp occidental mais de diversifier les dépendances pour accroître l’autonomie de décision du pays.
Pourquoi le traité de Trianon compte-t-il autant en Hongrie ?
Signé le 4 juin 1920 à l’issue de la Première Guerre mondiale, il a fait perdre au royaume de Hongrie près des deux tiers de son territoire et laissé plusieurs millions de Hongrois hors des nouvelles frontières. Vécu comme une injustice par une partie de la société, il nourrit un récit national centré sur la souveraineté et les minorités hongroises.
Qu’est-ce qui change avec Péter Magyar ?
D’après la fiche, Péter Magyar, arrivé au pouvoir en avril 2026, cherche à restaurer la confiance avec Bruxelles : levée du veto sur l’aide à l’Ukraine et déblocage de 16,4 milliards d’euros de fonds européens contre des réformes. Mais l’héritage institutionnel du Fidesz, la situation budgétaire et la dépendance énergétique limitent un changement brutal.
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