
Comme tout pays, l’Allemagne fédérale a des intérêts propres. Mais c’est aussi le plus peuplé et le plus productif des 27 pays de l’UE. Comment s’articulent les intérêts de l’Allemagne et l’Union européenne, voire l’OTAN ? Pour y répondre, Planisphère reçoit Thierry Garcin, ancien producteur délégué à Radio-France (Les enjeux internationaux) et chercheur associé à l’université de Paris Cité. Il vient de publier chez l’Harmattan : « La question allemande en Europe depuis l’unification ».
Extrait de la synthèse rédigée disponible sur Diploweb https://www.diploweb.com/Planisphere-Quelle-question-allemande-en-Europe-Avec-T-Garcin.html
"L'Allemagne occupe une place particulière dans l’Union européenne : à la fois puissance économique centrale, État fédéral singulier, héritière d’une histoire tourmentée. Elle reste un acteur ambivalent dans les dynamiques de l’Union européenne et de l’OTAN. À travers cet entretien, Thierry Garcin déconstruit plusieurs idées reçues sur la relation franco-allemande, le rôle de l’Allemagne dans l’élargissement européen, ses rapports avec la Russie, la Chine et sa vision de la défense européenne. Il met en lumière les tensions entre les intérêts nationaux allemands et ceux de l’Union européenne dans un contexte géopolitique instable.
L’expression « couple franco-allemand », fréquemment utilisée depuis les années 1980, est critiquée par Thierry Garcin comme étant une image surannée, inadaptée à la réalité des rapports entre Paris et Berlin. Il propose d’abandonner les métaphores comme « binôme », « axe » ou « tandem » pour préférer celle du moteur franco-allemand, plus dynamique et réversible. En effet, depuis l’unification de l’Allemagne, les équilibres ont changé et cette relation ne repose plus sur la même base historique.
Le mythe du « couple franco-allemand »
L’unification allemande et l’échec d’un fédéralisme européen
L’unification de 1990 a provoqué une transformation majeure dans les rapports intra-européens. Le traité de Maastricht [2] visait une union fédérale européenne, mais cet objectif s’est heurté à l’incompatibilité culturelle des États-nations historiques comme la France et le Royaume-Uni [3] avec un modèle fédéral. L’introduction de l’euro a été perçue comme un compromis, une manière d’intégrer l’Allemagne dans un projet commun, tout en diluant sa force monétaire (le Deutschmark). Toutefois, cette tentative de fédéralisation a échoué, laissant une Europe fragmentée, sans véritable politique commune ni cohésion stratégique.
Les vagues d’élargissement de l’Union européenne (2004, 2007, 2013) ont davantage servi les intérêts économiques de l’Allemagne, notamment pour renforcer ses exportations vers l’Europe centrale. En revanche, la France les a soutenus pour éviter un face-à-face direct avec l’Allemagne, ce qui a abouti à un élargissement trop rapide et peu cohérent. Des choix hasardeux (comme l’entrée de Chypre, territoire partiellement occupé par un pays candidat, la Turquie) ou risqués (l’ouverture de la candidature aux pays en guerre ou amputés de leur territoire comme la Géorgie, la Moldavie ou l’Ukraine) révèlent un manque de vision stratégique.
Les relations germano-russes ont toujours été marquées par l’histoire (antagonisme historique Slaves-Germains, invasion de 1941), mais aussi par des partenariats économiques puissants, notamment dans l’énergie (gazoducs Nord Stream). Vis-à-vis de la Chine, l’Allemagne a défendu ses intérêts économiques propres, poussant l’Union européenne à un Accord global sur les investissements au détriment des critères de droit du travail ou de souveraineté industrielle. Thierry Garcin dénonce une forme d’opportunisme allemand, qui a bénéficié de l’OTAN pour sa défense, de la Chine pour son commerce et de la Russie pour son énergie."
La suite de la synthèse rédigée disponible sur Diploweb https://www.diploweb.com/Planisphere-Quelle-question-allemande-en-Europe-Avec-T-Garcin.html
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