
Les criminels sont aussi des acteurs géopolitiques. Les narco-mafias, comme les terroristes, cherchent à prendre le contrôle des territoires et des esprits. Mais comment connaître ces réalités au plus près du terrain, et quelle est l’ampleur de leur évolution ? Planisphère a le privilège de recevoir Roger Le Loire, dont les quarante ans de carrière, d’inspecteur de police à juge d’instruction offrent un éclairage unique sur ces phénomènes de l’ombre. Roger Le Loire est un homme à la carrière atypique. Il a été acteur dans de grandes affaires dont certaines ont ébranlé la République. Il a publié avec le journaliste Rémi Bellon, « Zonard, flic et juge », aux éd. Michel Lafon. En 2026, le Cercle K2 l’a honoré du prix Giovanni Falcone. Cette émission a été enregistrée le 14/09/2026 et radiodiffusée la première fois le 5/10/2026 sur RCF Notre Dame.
Extrait de la synthèse rédigée dont la version complète est sur Diploweb.com
"Roger Le Loire a débuté sa carrière à la brigade des stupéfiants en 1975, une époque où ce trafic était marginal en France, notamment après l’éradication de la « French Connection ». Les affaires portaient alors sur de petites quantités, comme 10 grammes de drogue. Cependant, le phénomène a depuis connu une transformation radicale. Après une période marquée par l’héroïne venue du Triangle d’Or d’Asie, le trafic actuel s’apparente à un « narco-banditisme de type horizontal », disséminé sur tout le territoire, avec des groupes se réclamant de labels comme la DZ Mafia.
Les chiffres attestent de cette escalade : en 2024, 49 tonnes de cocaïne ont été saisies en France, dont 14 tonnes au Havre. La même année, 49 narco-homicides, 133 tentatives et 14 victimes collatérales ont été recensés. Le chiffre d’affaires des stupéfiants en France a atteint 7,5 milliards d’euros en 2023, des dimensions comparables, selon Roger Le Loire, à celles du cartel de Cali qu’il a eu l’occasion d’étudier.
De 1990 à 1994, Roger Le Loire a exercé en tant que juge antiterroriste, traitant des dossiers sensibles et variés. Il a notamment enquêté sur l’attentat de Djibouti, l’organisation indépendantiste basque armée ETA (qu’il décrit comme « purement révolutionnaire » et opposée au trafic de drogue), le groupe Action Directe (impliqué dans l’assassinat de l’ingénieur général Audran), le Front de Libération Nationale Corse (FLNC), ainsi que les premières affaires du radicalisme islamiste (groupes islamistes armés).
Le point commun de ces groupes, souligne Roger Le Loire, est leur volonté de « semer la terreur » pour affirmer leurs idées. Certains, à l’exception notable de l’ETA, fonctionnaient également sur un mode mafieux, s’appropriant des biens par le racket. Ce métier s’est avéré particulièrement exigeant sur le plan personnel : le juge Le Loire était constamment sous la protection de gardes du corps (trois ou quatre policiers tournants), son domicile était relié par un système d’alerte à un commissariat, et ses déplacements étaient encadrés, limitant sa liberté. Il a également mené des enquêtes à l’étranger, notamment aux États-Unis, (…).
Sa carrière l’a aussi confronté aux ramifications internationales de la justice. En effet, il existe une compétence du juge d’instruction français à l’étranger via les demandes d’entraide pénale et les commissions rogatoires internationales. Un exemple marquant est l’affaire Pinochet, où, face au refus de la Cour suprême chilienne, il a contourné l’obstacle par une « rencontre de juge à juge » avec le juge Guzman, obtenant ainsi les pièces nécessaires. Au pôle financier, en tant que doyen des juges d’instruction, il a traité l’affaire Karachi, concernant des ventes françaises de sous-marins au Pakistan et de frégates à l’Arabie Saoudite, où des intermédiaires étaient soupçonnés d’avoir versé des « rétrocommissions » à des partis politiques français. (…)"
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