
Avec 17 millions de kilomètres carrés, la Russie reste le pays le plus étendu du monde. Mais c’est aussi devenu une forme d’immense trou noir. Difficile pour les journalistes d’y travailler, quasi impossible pour un doctorant étranger d’y conduire une recherche universitaire. Alors, comment comprendre la Russie de Vladimir Poutine ?
Pour répondre à cette question, Planisphère a la joie de recevoir à son micro Clémentine Fauconnier, politiste, Maitresse de conférence à l’Université de Haute-Alsace. Clémentine Fauconnier vient de publier « La Russie de Poutine : du tournant autoritaire à la guerre », aux éditions Le Cavalier Bleu. Cette émission a été enregistrée le 14/09/2026 et radiodiffusée la première fois sur RCF Notre Dame le 28/09/2026.
Extrait de la synthèse rédigée complète disponible sur Diploweb.com
"Clémentine Fauconnier met en garde contre l’usage du terme « populiste » pour qualifier Vladimir Poutine. Bien que le dirigeant russe présente certains traits associés au populisme : revendiquer une conception verticale du pouvoir, un culte du chef, et une vision simpliste du monde – l’expression est jugée réductrice et trompeuse. L’invitée lui préfère les notions d’« autoritarisme » et d’« autoritarisme conservateur », qu’elle estime plus appropriées.
Elle souligne que ce conservatisme d’État est récent, marquant un « tournant conservateur » en 2012. Auparavant, dans les années 2000, Vladimir Poutine et son entourage se définissaient comme pragmatiques et centristes, rejetant les questions idéologiques au profit de la restauration de la grandeur du pays et de l’amélioration des conditions de vie. Ce n’est qu’à partir de 2012 que les dirigeants russes ont revendiqué un programme idéologique clair, s’appuyant sur les valeurs dites traditionnelles.
Contrairement à l’idée d’une Russie isolée ou d’un « État paria », Clémentine Fauconnier nuance son positionnement international. Elle rappelle la doctrine Primakov, élaborée avant Poutine, qui visait à faire de la Russie une puissance de premier plan dans un monde multipolaire, intégrée (via le G8, le G20 et l’OMC) mais souveraine. Après la guerre d’agression russe contre l’Ukraine en 2022, la rupture avec l’Occident devient quasi consommée, mais la Russie a redistribué ses forces et ses échanges vers l’Asie de l’Est (notamment la Chine) et le Sud global.
La Russie de Vladimir Poutine aspire à être une grande puissance, capable de dialoguer d’égal à égal avec les États-Unis et la Chine, et de participer à l’architecture de sécurité européenne. Cependant, l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022 a révélé une ambivalence majeure entre ces ambitions démultipliées et des moyens qui ne suivent pas forcément. Avant 2022, la stratégie russe privilégiait les stratégies hybrides (subversion politique, cyberespace) pour contourner une lutte armée à grande échelle, consciente de ses limites militaires.
L’armée russe, malgré une communication axée sur les armes sophistiquées, s’est montrée « très pauvre, mal équipée », confrontée à des problèmes stratégiques et un nombre d’hommes insuffisant. Le groupe Wagner, fondé en 2014 par Evgeny Prigojine, a illustré cette dépendance de l’État russe. Il a permis de sous-traiter des activités militaires et subversives en Afrique, en Syrie et en Ukraine, et a connu un essor important en 2022 grâce à sa capacité de recrutement, y compris dans les prisons. La « marche sur Moscou » de juin 2023, suivie de la mort mystérieuse de Prigojine, a cependant montré que toute tentative de contestation du pouvoir était vouée à l’échec, renforçant finalement l’État russe.
Clémentine Fauconnier est aussi cofondatrice du collectif de recherche sur la Russie contemporaine pour l’analyse de ses nouvelles trajectoires, Coruscant, créé en 2023. "
Voir le site du collectif de recherche Coruscant
Voir la synthèse rédigée complète disponible sur Diploweb.com premier site géopolitique francophone.
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